Techniquement, tout se congèle. Gustativement, le sushi est l'un des plats qui le supportent le plus mal. La raison tient à ses deux piliers. Le riz vinaigré, déjà malmené par le froid du réfrigérateur, devient friable et farineux après congélation : les grains se séparent et le maki se défait sous les baguettes.
Le poisson cru, lui, forme des cristaux de glace qui rompent ses fibres. À la décongélation, il rend son eau, devient mou et perd la texture nette qui fait tout l'intérêt d'un nigiri. L'avocat noircit, le fromage frais devient granuleux, l'algue nori ramollit comme du papier mouillé.
Il y a aussi un argument de sécurité. En Europe, le poisson destiné à être mangé cru est congelé une première fois avant préparation pour éliminer d'éventuels parasites. Le recongeler une fois transformé en sushi, puis le décongeler, multiplie les manipulations et les variations de température : ce n'est pas recommandé.
Seule nuance : les pièces entièrement cuites et sans crudités supportent un peu mieux l'exercice. Mais même là, la panure tempura ne retrouvera jamais son croustillant. Si vous hésitez entre congeler et jeter, la vraie réponse se trouve en amont : commander juste.